Églises domestiques

eglise domestique trans

"Les familles sont l'Église domestique où Jésus grandit. Il grandit dans l'amour des conjoints, dans la vie des enfants".

Pape François, juin 2015

D'où vient cette expression ?

La vision de la famille comme « petite Église » ou « Église domestique » remonte au IVe siècle. Évêque de Constantinople, Jean Chrysostome ne cesse, dans ses homélies, d'exhorter ses fidèles à vivre en chrétiens, non pas seulement « une ou deux fois par semaine » lors de l'écoute des « saintes doctrines », mais dans leur vie quotidienne.

« En revenant à la maison, préparons une double table : une pour les aliments, l'autre pour la lecture de la parole de Dieu, et l'homme répète les choses qui ont été dites à l'église ; que la femme apprenne, que les enfants écoutent, que les serviteurs ne soient pas privés de cette lecture », écrit-il, dans ses Sermons sur la Genèse. « Fais de ta maison une église puisque tu dois rendre compte du salut de tes enfants et de tes serviteurs. »

Au fil de ses homélies, il insiste, tour à tour, sur la nécessité, dans cette « petite Église », de préserver la « concorde » entre ses membres, de pratiquer l'accueil et l'hospitalité avec les plus pauvres et « les étrangers »...

Historiquement, l'expression rappelle que, dans les premiers temps du christianisme, les convertis se réunissaient en petites communautés, dans la maison de l'un ou de l'autre. Mais cette formule, reprise et développée par le concile Vatican II, appelle surtout les chrétiens à retrouver une unité de vie qui lui trouve également des échos dans le Nouveau Testament chez Matthieu – « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux » (Mt 18, 20), – ou chez Paul – « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple de l'Esprit ? » (1Co 3, 16-17).

« J'invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd'hui même sa rencontre personnelle avec Jésus-Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. » (2)

Comment la comprendre ?

Sous certaines plumes, les responsabilités incombant aux familles, et particulièrement aux couples, ont pu sembler ambitieuses, voire écrasantes. Reprenant l'intuition de Jean Chrysostome, saint Augustin n'hésitait pas à demander aux pères de famille d'être chez eux « comme des épiscopes, chargés de superviser et de prendre soin par une écoute attentive »...

A travers la famille s'expérimente quelque chose de l'amour de Dieu. Comme l'Église, la famille aura sa liturgie (prières communes). On y transmettra la foi ; on y commentera la parole de Dieu. On s'efforcera d'y mener des relations fondées sur la justice (donner à chacun ce qui lui est dû, l'obéissance aux parents par exemple) et la charité. (3)

À la suite de Vatican II, les théologiens ont affiné leur compréhension de ce terme, observant qu'il ne s'agit pas tant pour la famille d'être « à l'image » de l'Église – et donc de reproduire ses structures ou ses rites – que de considérer qu'elle en fait intégralement partie, qu'elle doit être – avec le travail, la cité, etc. – l'un de ces lieux où les baptisés doivent vivre leur vocation, au service de l'humanisation de la société.

« Il faut que, par la parole et par l'exemple, dans cette sorte d'Église qu'est le foyer, les parents soient pour leurs enfants les premiers hérauts de la foi, au service de la vocation propre de chacun et tout spécialement de la vocation sacrée », indique ainsi la déclaration conciliaire Lumen gentium.

« Considérer la famille comme une "Église domestique" ne doit pas créer une surcharge, une "obligation" supplémentaire pour des parents aux vies déjà bien remplies », avance ainsi Frédérique Mesmin d'Estienne, qui y voit « plus une nourriture qu'une exigence. On n'est pas dans le "faire" mais d'abord dans "l'être" : au fond, quels croyants sommes-nous en dehors de la messe du dimanche ? Bien sûr, nous avons à vivre notre foi dans nos relations avec tous nos frères, mais comment le faire si on n'y arrive pas déjà chez soi ! »

Quelles implications ?

Les conséquences de cette doctrine sont multiples, et très diverses selon les familles (4) :

Un immense besoin de pardon et de réconciliation se fait sentir dans l'Église comme dans les familles, où les brouilles et les ruptures empoisonnent trop souvent les personnes et les générations. La famille peut éveiller au pardon car elle cultive un sens aigu de la singularité de chacun. Si elle est, de surcroît, convaincue qu'on a besoin de pardon pour sortir de soi et rencontrer l'autre en vérité, elle formera des hommes et des femmes capables de reconnaître humblement leurs fautes et de témoigner de la force du pardon.

La prière familiale peut être un moment privilégié de la vie d'Église domestique. À chaque famille de trouver son rythme, son moment, selon les âges des enfants, mais toujours dans le respect de la liberté de chacun et de sa relation unique avec Dieu. Mais ce n'est pas seulement dans ces moments que la famille est Église. La famille est Église domestique dans tout ce qui fait sa vie quotidienne, sa vie concrète, y compris ses tâches les plus répétitives, devenant ainsi le lieu où l'on rencontre l'autre, et où l'on apprend à l'accepter tel qu'il est. L'idée d'Église domestique n'est pas celle d'un havre moral et religieux privé, à l'écart de la cité, mais celle d'une école de foi, de paix et d'espérance au service du bien commun.

 

Tiré d'un article d'Anne-Bénédicte Hoffner, paru dans 'La Croix' du 3 octobre 2014.

(1) Evangelii gaudium, n° 3.

(2) Dictionnaire de morale catholique, Jean-Louis Bruguès, CLD, 1991.

(3) Cf. Mgr Jean-Louis Bruguès

(4) « La famille comme Église domestique : la portée anthropologique et spirituelle d'une analogie ». Conférence de Carême à Notre-Dame de Paris, mars 2011.

 

 

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